20-23 mai 2025
Réaliser pour résister : quand la caméra devient l’arme
des femmes (cinéma et séries télévisées)
Anne Crémieux (université Paul-Valéry-Montpellier-III) et Monica Michlin (université Paul-Valéry-Montpellier-III)
La métaphore de la caméra comme arme précède la naissance de l’image animée. L’essai de Susan Sontag, On Photography (1977), en développe les contours, y compris d’un point de vue linguistique où l’artiste photographe « tire » (shoots) le portrait de son, objet visuel, posant l’image en termes de rapports de domination, et même de guerre. En tant que photographes, cinéastes ou vidéastes, les femmes se sont emparées des caméras dès leur invention, d’autant plus facilement que le pouvoir de l’image n’était pas encore accaparé par les hommes. Comment les femmes étatsuniennes ont-elles – en particulier depuis les luttes féministes des années 1970 – mobilisé cette arme pour résister au patriarcat ? Comment ont-elles transformé l’image et le regard porté par la caméra, subvertissant le male gaze théorisé par Laura Mulvey en 1975 dans « Visual Pleasure and Narrative Cinema » ? L’on pourra s’appuyer sur les théories de la réception oppositionnelle ou négociée développées par Stuart Hall (1973), sur la théorisation du regard dialectique queer (B. Ruby Rich 1992, 2013) ou de contre-publics noirs (bell hooks, 1992) et queer (Maxime Cervulle 2012) et se demander par exemple comment le féminisme intersectionnel se traduit dans l’art de femmes racisées passées derrière la caméra (bell hooks 1996). L’accès des femmes à la création audiovisuelle est-il désormais acquis (et selon quels critères de légitimité ?), ou doivent-elles encore livrer bataille ? La résistance est-elle intrinsèquement au cœur d’une pratique indépendante des grands producteurs, comme le supposait Laura Mulvey en conclusion de son célèbre article, et si oui, comment se manifeste-t-elle ? Ou bien cette résistance se joue-t-elle ailleurs, dans les alliances passées par les femmes réalisatrices, et avec qui ? Peut-on déceler inversement une résistance au(x) féminisme(s), qu’elle soit masculiniste ou qu’elle relève de débats internes au(x) féminisme(s) ? Autant de questions que cet atelier consacré aux réalisatrices étatsuniennes vous invite à explorer
Directing as Resisting: the Camera as a Woman’s Weapon (Films and TV Series)
Anne Crémieux (université Paul-Valéry-Montpellier-III) and Monica Michlin (université Paul-Valéry-Montpellier-III)
The metaphor of the camera as a weapon predates the birth of the moving image. Susan Sontag’s essay On Photography (1977) analyzes the artist-photographer’s “shooting” an object in terms both of domination and of war. As photographers, filmmakers or videographers, women seized cameras from the moment they were invented, before film AFEA 2025 Appel à communications / Call for Papers p. 20 became almost entirely controlled by men. How, in particular since the feminist movements of the 1970s, have US women used the camera as a weapon to resist patriarchy? How have they subverted or transformed the male gaze theorized by Laura Mulvey’s 1975 article “Visual Pleasure and Narrative Cinema”? Drawing upon the theories of oppositional or negotiated reception developed by Stuart Hall (1973), of the dialectical queer gaze (B. Ruby Rich, 1992, 2013) and of black (bell hooks 1992) and queer counter-publics (Maxime Cervulle 2012), one may for example look at how black feminism and intersectionality have informed film and TV series directed by women of color (bell hooks, 1996). Is women directors’ access to production now a given (what criteria must they meet)? — or do they still have to fight for it? Is resistance at the heart of feminist filmmaking and must it take place outside the studio system, as Laura Mulvey assumed in the conclusion of her now-famous article, and if so, how does it manifest itself? Or is resistance a game of alliances, and with whom? Concurrently, are there cultural productions that resist feminism, whether from a masculinist standpoint or stemming from the internal tensions within feminism? These are just some of the questions that this workshop on US women’s cinema and series invites you to explore.